Les maquettes des bateaux de l'exposition "Toiles et Voiles"
Les maquettes des bateaux de l'exposition "Toiles et Voiles"
Le 05/05/2026
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Les 16 et 17 mai 2026, notre association Quai des Voiles a organisé la première édition d’une exposition "Toiles et Voiles" associant la présentation de maquettes de bateaux anciens et la vente, au profit de l’association, de toiles ancrées autour de thèmes maritimes.
Cette action s'inscrit dans notre démarche de valorisation du patrimoine maritime.
Voici l'histoire des bateaux dont les maquettes ont été présentées lors de cette exposition, car ces maquettes ne sont pas seulement de très beaux objets, ce sont aussi de remarquebles témoignages de notre patrimoine maritime.
Voilier construit en 1883 par le chantier Camus à Quimper sur un plan de Georges Vuillefroy, gréé en yawl à son neuvage avec une voilure démesurée qui a rapidement fait place à un gréement de cotre.
Longueur de coque : 9,25 mètres
Longueur à la flottaison : 8,2m
Maître-bau : 2,49 m
Tirant d’eau : 1,9 m
Engagé dans de nombreuses régates de Brest à Saint Nazaire.
Vendu en 1890, il est enregistré à la matricule du Havre sous le nouveau nom de Ventôse.
La propulsion à vapeur d’abord réservée aux grands yachts s’installe sur de petits canots dans les années 1885. Une coque comme celle du Korrigan pouvait atteindre 6 nœuds pour une consommation horaire de 4kg de charbon. La photo révèle la jolie vague d’étrave de cette coque qui semble glisser sur l’eau. Elle ne dit rien cependant du plaisir des jeunes femmes assises à l’arrière qui reçoivent les escarbilles dont elles devaient être généreusement couvertes… vive les allures de portant !
Conçu pour les régates « à un seul homme dont le propriétaire devait appareiller sans assistance » - pour reprendre la formule consacrée -, régates régulièrement organisées dans la région de Sainte Marine, son port d’attache.
Construit à Quimper en 1893.
Longueur de coque : 8,55 m
Maître bau :1,85 m.
Une conception innovante : étrave inversée, voilure de neuvage à la chinoise sur un gréement en bambou qui par sa ressemblance avec une chauve-souris a donné au bateau son nom : Logoddal (chauve-souris en breton). Très vite cette voilure originale qui n’a pas convaincu son propriétaire...
...a fait place à une voilure de cotre aurique fortement apiquée qui lui a permis de meilleurs classements en régate. La couleur noire de la coque a été abandonnée au profit du blanc.
Extrait de la revue Le Yacht : journal de la navigation de plaisance. 26 août 1893 (page 328)
" Ile Tudy, 5 août. — Les régates d’amateur à un seul homme, qui devaient être données par la Société des régates de l’Ile Tudy - Pont L’abbé, le 29 juillet, avaient été remises, à cause du temps, au 5 août, jour où elles ont eu lieu, en effet. La course avait lieu pour bateaux au-dessous de 1 tonneau, avec cette condition que le propriétaire devait être seul à son bord, et faire lui-même son appareillage. Le parcours, de 7 milles, consistait à partir de la pointe N. du Trez-Bénodet aller au Taro, du Taro au Baril, et arrivée au Coq. Ont pris part A la course : Alpha, Guennelic, Souris et Logodal. Ces quatre yachts, supérieurement menés, ont accompli remarquablement le parcours, malgré une assez forte brise O,-S.-O. et vent debout sur un tiers du trajet.
Voici les résultats :
Alpha
Guennelic
Souris
Logodal
Nous rappelons que l’Alpha, si brillamment conduit par M. de Thézac, a été construit sur ses plans, comme tous les autres yachts qu’a possédés cet amateur.
Quant au Logodal, il était gréé d’une voile chinoise, non encore étudiée suffisamment ce qui a certainement dû nuire à sa marche."
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Logoddal était inscrit au Yacht Club de France
Plan tracé avec le logiciel Naval Designer sur la base des cotes données par la revue Le Yacht et des relevés faits sur photos.
Maquette au 1/20ème de Patrick Vuillefroy. Personnages de Jean-François Rohmer réalisés à partir de figurines Preiser modifiées.
Sloop aurique à dérive construit au chantier Lefrançois à Nantes en 1894.
Longueur de coque : 5,95 m
Maître bau : 1,52 m
Tirant d’eau : 0,6/1,01m.
Plan d’Henri-Edmond Fouché, fondateur de l’important chantier naval « les Ateliers et Chantiers de Bretagne » et architecte à ses heures perdues de quelques voiliers de plaisance dont l’invincible cotre Simone, racer dont le SNO à Nantes conserve 150 des médailles qu’il a gagnées.
La Perle a été successivement inscrite au quartier de Nantes puis de Brest. Le bateau a couru les régates de la SR Brest en 1901.
Maquette de Patrick Vuillefroy réalisée au 1/10ème d’après un plan relevé sur une demi-coque de chantier.
Coque très traditionnelle, sans élancement. A été jaugé en 1901 par l’UYF/YCF mais son propriétaire n’a pas demandé l’inscription au club. Garelly navigue à la plaisance entre Arcachon et Brest jusqu’à sa vente en 1913. Le propriétaire embarque généralement un marin professionnel. Durant cette période, il est inscrit au registre matricule de Nantes. Bien que dépourvu de moteur, il est remonté pour son hivernage annuel à Beautour sur la Sèvre.
Après sa vente en 1913, il est armé à la petite pêche à Concarneau.
Maquette au 1/20ème de Patrick Vuillefroy, personnages de Jean-François Rohmer réalisés à partir de figurines Preiser modifiées.
Après une série de beaux résultats en Méditerranée, en 1900 le bateau a été vendu et transporté en pontée par la Ville de Rosario jusqu’à Saint Nazaire où il a trouvé de puissantes bigues pour le décharger et le mâter. Il a ensuite fait route vers Loctudy qui est devenu son nouveau port d’attache et à partir duquel il a enchaîné les saisons de régates le long de la côte sud bretonne.
Saint-Tudy était inscrit au Yacht Club de France, son propriétaire en était vice-président
Pinasse, bateau emblématique du Bassin d’Arcachon. Cette coque légère, peu chère, à fond plat, a été conçue pour la pêche et l’ostréiculture dans les eaux peu profondes du Bassin. Déplacées à l’aviron ou à la voile, elles se permettaient d’oser franchir les passes pour rallier les bancs de sardines en comptant souvent pour leur retour sur la remorque des chalutiers à vapeur. Leur silhouette est très caractéristique, étrave à corne et arrière arrondis.
Longueur : 7,6 m
Maître bau : 2 m
Inès construite en 1904 est l’une des toutes premières pinasses à moteur. Elle est enregistrée par l’inscription maritime d’Arcachon comme « tillole à moteur », les locaux les dénommaient « pétroleuses ».
les pinasses, adoptées aujourd’hui par des plaisanciers, revivent. Ces bateaux de travail traditionnels ont, dans leur version plaisance actuelle, une construction soignée aux multiples couleurs qui leur donnent une rare élégance.Plan paru dans les Cahiers du Bassin
Maquette au 1/20ème de Patrick Vuillefroy ; personnage de Jean-François Rohmer réalisé à partir de figurine Preiser modifiée.
Yawl aurique à tapecul à bourcet lors de son neuvage, construit en 1908 par le chantier Lagorce à Bordeaux sur les plans de l’architecte E. Lhonoré. Bordé en pitchpin, quille, membrures, serre bauquières en chêne.
Longueur 14,2 m
Maître bau : 4m
Tirant d’eau 1,7 m
Voilure 140 m².
Faisant partie des premiers voiliers équipés d’un moteur, il est qualifié dans les revues de « yacht mixte ». Au cours de sa longue activité son gréement a été plusieurs fois modifié jusqu’à le conduire à une voilure de goélette. Talma Bertrand l’architecte du Pellerin a dessiné en 1939 une voilure de yawl marconi de 100 m².
Inscrit au Yacht Club de France.
Attaché successivement aux ports d’Arcachon, Lorient, Rouen, Port-Vendres, Toulon et Boulogne. Yanna a couru de nombreuses courses-croisières dont Royan-La Baule en 1927, 1928, 1929 et 1931, La Baule-Belle Ile en 1928 et La Baule-La Trinité en 1929. Croisières en Grande-Bretagne, aux Baléares.
Yanna fait actuellement l’objet d’une lourde restauration dans la Somme
Maquette au 1/20ème à partir des plans de l’architecte. Maquette de Patrick Vuillefroy ; personnages de Jean-François Rohmer réalisés à partir de figurines Preiser modifiées.
Sloop à dérive construit en 1924 au chantier V. Casenave à Carantec. Son absence d’élancement se traduit par une longueur à hauteur du pont de 5,05 m identique à la longueur à la flottaison (5,0 m).
Maître-bau : 2,4 m
Coque sans retour de galbord
Tirant d’eau 0,5 / 1,25 m
Surface de voilure 24 m²
Lest en fonte de 200 kg de la quille complété par un lest intérieur de 150 kg.
Divalo a assidûment couru les régates de Brest, Douarnenez et Tréboul, terrain de jeu de ses jeunes propriétaires.
De la plaisance, il passe à la matricule des bâtiments de pêche de Douarnenez en 1942.
De nombreuses variantes de cette coque spécialement appréciée pour sa polyvalence plaisance-pêche ont été dessinées, certaines dans le respect d’une jauge à restrictions. Répondant à cette jauge plus de 300 Cormoran ont été construits.
La maquette au 1/20è correspond à une de ces variantes . Plan relevé par Jean le Bot « Les bateaux de la côte de Bretagne Nord »
Maquette de Patrick Vuillefroy
Kurun
Cotre aurique à arrière norvégien. La coque a la particularité de ne pas avoir de cockpit pour garantir davantage de rigidité. Le plan de l'architecte Henri Dervin a été fortement orienté par J. Y. Le Toumelin, propriétaire de Kurun dont l'objectif était de naviguer autour du monde, navigation qu'il réalise de 1948 à 1952.
Longueur de coque : 10m
Maître bau : 3,55 m
Tirant d'eau 1,73 m
Voilure : 63 m².
Mis à l'eau en 1948, à l'issue de sa construction au chantier Leroux au Croisic. J. Y. Le Toumelin, retiré sur le Traict, a fait don de son bateau à la ville du Croisic. Kurun navigue toujours.
Tracé en 1930 par G. Senback, le requin a connu un beau succès puique plus 500 unités ont été produites en France, dont une partie en polyester. Un championnat annuel réunit encore aujourd'hui les plus mordus de cette série de quillards de sport.
Tricty a été a été construit en 1958 à La Rochelle par le chantier Pouvreau. Il est resté rattaché au port du Pouliguen pendant plusieurs décénnies. Le requin avec ses élancements importants et son absence de brion est d'une belle élégance.
Maquette au 1/20ème de Claude Airaud
Annexe de sardinier
Le plan retenu est celui d’une annexe de sardinier très représentative, exposée au Musée de Concarneau.
Longueur : 3,60 m
Largeur : 1,57 m.
L’annexe est solidement construite avec ses bordés de 20 mm sur membrures ployées. Elle est protégée par un demi-rond en fer de 25 mm sur toute la ceinture ainsi que par une bande molle le long de la quille et de l’étrave. Ces embarcations de travail non gréées, manœuvrées seulement aux avirons étaient soumises à rude épreuve. Utilisées par les sardiniers pour poser les filets droits. Elles portaient deux marins, les filets et le fruit de la pêche.
Plan diffusé par le Musée de la Pêche de Concarneau.
Maquette de Patrick Vuillefroy au 1/10ème réalisée en teck pour le plaisir du maquettiste, hormis sa forme, est éloignée de l’aspect réel, beaucoup plus rustique, en ligne avec l’utilisation de ce canot de travail.
America
Construite aux USA avec l’idée de mesurer la conception américaine d’architecture navale, coques larges avec peu de tirant d’eau, au choix anglais de bateaux étroits à quille profonde - voir notre article Construction navale consacré à ces choix d'architecture.
La goéletteAmerica traverse l’Atlantique pour prendre le départ en 1851 d’une course organisée autour de l’ile de Wight dotée d’une coupe offerte par la reine Victoria. Sa très large victoire est très mal acceptée par les yachtsmen anglais. Elle les amène à revoir à contre cœur la conception de leurs bateaux. La coupe remportée est donnée au Yacht Club de New York contre l’engagement d’organiser un challenge perpétuel devenu la célèbre « Coupe de l’America » haut lieu aujourd’hui d’avancées technologiques.
Extrait de America’s cup Yacht Design de F.Chevalier et J.Taglang
Maquette au 1/33ème achetée par Alain Chabrier
Un peu de vocabulaire maritime :
Apiquer : Agir sur un espar afin qu'il soit vertical, à pic, ou qu'il se rapproche de la verticale. Un gréemant aurique fortement apiqué, signifique que la vergue ou corne est proche de la verticale, ce qui rend ce gréement proche d'un gréement marconi (synonyme : bermudéen), comme on le voit sur la deuxième photo de Logoddal.
Armer (un navire) : Equiper un navire en hommes et avec tout le matériel nécessaire à la navigation et à l’exploitation du navire relativement à la nature de cette navigation, ainsi que tout ce qui contribue à la sécurité et au bien-être à bord.
Bande Molle : Bande destinée à protéger la quille et l'étrave des chocs et de l'usure.
Bigue : Le "Dictionnaire de la mer" de Jean Merrien définit une "Bigue" comme étant un appareil de levage, notamment de mâtage, constitué de deux ou trois espars écartés au pied et réunis au sommet, comme une "chèvre" de terre. Ce même dictionnaire précise pour le mot "Chèvre" : "Mot non marin, v. bigue". Voir notre article Carénage de Move - Mars 2026 qui illustre l'utilisation d'une "bigue".
Bordé à clin : Se dit d'un bateau dont le bordé est constitué d'un assemblage de bordages qui se recouvrent partiellement dans le sens de la longueur. Le bordage est une pièce de la charpente d'un navire dont l'ensemble constitue le bordé, c'est à dire la partie extérieure de la coque.
Différence entre le bordage à clin où les planches de bord se superposent,
et le bordage à franc-bord où les planches de bord sont juxtaposées.
Brion : Le brion (ou ringeot) est la partie de la coque d'un bateau qui assure la liaison entre l'étrave et la quille. Sa forme, son angle et ses dimensions influencent l'hydrodynamisme à la proue, la résistance à la pression des vagues et la tenue globale de la structure de la coque.
Chaine : Longueur d’une chaîne passée sous la quille perpendiculairement à l’axe du bateau. La chaîne donne la mesure cumulée de la largeur et de la profondeur de quille, deux facteurs de stabilité. Cette mesure a été utilisée dans les premières règles de calcul de jauge des voiliers à la fin du XIXème siècle. Voir à ce sujet notre article sur Les débuts du yachting en France - La jauge des yachts
Cotre : Voilier à un seul mât qui possède plusieurs (minimum 2) voiles d'avant : foc et trinquette (celle-ci placée à l'arrière d'un foc)
Goélette : Voilier équipé de deux mâts (ou plus) dont le grand mât, situé à l’arrière, est de hauteur supérieure ou égale à tous les autres.
Lettres sémaphoriques : attribuées très officiellement à un bateau, cet indicatif permet son identification par communication visuelle, soit par les drapeaux de l'alphabet, soit par position des bras.
Matricule - nom féminin - ou Registre matricule : Pour les bateaux, désigne le système d'inscription des navires dans un port d'attache. Chaque bateau doit être immatriculé, ce qui lui confère un numéro d'immatriculation unique. Ce registre contient des informations telles que le nom du navire, son numéro d'immatriculation, l'année et le lieu de sa construction, ainsi que des détails sur son équipage et ses traversées. L'immatriculation est essentielle pour garantir la sécurité maritime et la protection sociale des marins.
Neuvage : En navigation maritime, le neuvage correspond à la période pendant laquelle le bâtiment est encore à l'essai. Période d'essais à la mer d'un navire neuf.
Pavillon de propriétaire ou pavillon particulier : défini par le propriétaire du yacht, ce pavillon hissé dans les barres de flèche tribord quand le propriétaire est à bord permet de l'identifier La liste de ces pavillons est présentée dans les annuaires de certains clubs et dans celui du Lloyd's. Exemples : le pavillon figurant sur la fiche de Saint Tudy, de Yanna, de Garelly ... conduit au propriétaire de ces voiliers.
Pontée : À bord d'un navire de commerce, la pontée désigne l'ensemble des marchandises arrimées sur le pont, (par opposition aux marchandises transportées en cale)
Quête : Inclinaison vers l'arrière d'un mât par rapport à la verticale.
Yawl : Voilier à deux mâts dont l'emplanture de l'artimon (mât arrière) se situe à l'extrême arrière du pont, derrière l'axe de rotation du safran. L'artimon du yawl est appelé "Tapecul" ; l n'a pas, à réellement de fonction de propulsion, mais permet d'équilibrer les gréements auriques ou marconis implantés généralement avec un bout-dehors (beaupré) important, surdimensionnant le triangle avant. Ce gréement s'oppose à celui de ketch dans lequel l'artimon est positionné en avant du gouvernail et dont la raison d'être est de diviser la surface de la grand-voile, dans le but de rendre la manœuvre de celle-ci moins athlètique.
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