11 avril 2024, Pen Duick VI, Marie et son équipage franchissent la ligne d'arrivée de la quatrième et dernière étape de l'Ocean Globe Race. Ils gagnent cette étape après avoir fini 2ème, 2ème et 1er les étapes précédentes et sont les vainqueurs de cette Océan Globe Race en temps réel. Un seul Zodiac en mer et un semi-rigide de l'organisation pour les accueillir... Nous sommes loin des arrivées fortement médiatisées des Vendée Globe ou des transatlantiques. Pas de célébration à quai ; il faudra attendre le retour de Pen Duick à Lorient pour que l'Association Eric Tabarly, la Cité de la voile et le public sur le quai offrent un accueil à la hauteur de l'exploit accompli par Marie et son équipage. Car l'exploit est exceptionnel, faire un tour du monde à la voile en équipage sur des bateaux anciens et sans aucune assistance satellite (pas de GPS, des données météo minimales,...) c'est énorme.
Une grande partie du livre nous fait vivre pratiquement jour après jour ces huit mois de course dont cent quarante cinq jours de mer à bord de Pen Duick VI. Mais le projet a commencé pour Marie Tabarly en aout 2020. C'est peut-être dans le récit de cette préparation que les émotions que suscitent ce livre sont les plus vives. Marie Tabarly y exprime toute sa sensibilité, avec sincérité mais pudeur avec humour parfois, intelligence, bienveillance et humanité. Un très grand marin !
En voici quelques passages.
"Et puis, il y a Pen Duick, mon gros Black Shark, ce bateau incroyable, mon seigneur qui est redevenu une bête de course. Il est beau comme une lumière de Bretagne après un grain, doux et brutal à la fois. Je pense que je n'avais même pas un an quand lui et moi nous sommes rencontrés pour la première fois. Jamais je n'aurais pensé en être un jour la capitaine, encore moins en course et autour du monde... et si, il y a dix ans, on m'avait dit que nous franchirions le Horn ensemble, en tête d'une course autour du monde... Tout cela n'était pas censé arriver. C'est pour cela que la vie est belle"
A propos de la sélection de l'équipage (le règlement de OGR impose que 70% de l'équipage soit amateur)
"Mais comment faire la sélection, comment "lire" les candidats rapidement ? Je sais que j'ai besoin de voir les gens, de vivre quelque chose avec eux. (...) Rencontrer des gens dans un bureau, enfermée entre quatre murs , très peu pour moi ! Pire encore, me retrouver dans les cocktails, forums, salons, manifestations où l'on doit parler, où on a l'obligation d'échanger, de faire bon effet, avec beaucoup de bruit et d'agitation. Je suis très mauvaise quand il faut engager une conversation, surtout artificiellement. Aucune place pour le silence, alors que moi j'aime ces moments où on peut partager un silence"
Toute ressemblance avec un autre immense marin ne serait, peut-être, pas totalement fortuite.
Après les travaux sur la coque de Pen Duick
"A la mise à l'eau, je me fais tailler un costar par les lecteurs de la presse anglaise car, pour eux, un bateau qui sort de chantier (...) se doit d'être impeccable. Il est vrai que le VI est encore bosselé, mais ce bateau a 50 ans ! Si nous devions refaire toutes les tôles, le budget serait multiplié par 5 ou 6. (...) Nous avons fait un compromis en tenant compte d'un budget non extensible et d'un temps limité. Et puis bon, on a toujours eu la fâcheuse tendance d'agacer les Anglais dans la famille... S'ils en parlent, c'est qu'ils ont un peu peur, non ?
"Aussi, j'aime voir Pen Duick VI au chantier. Ce bateau me fascine, et je peux le regarder pendant des heures. Comme s'il pouvait lire au travers de moi, je peux rester assise devant lui de longs moments, sans rien faire, juste à le regarder. A force d'être à son bord, je ne l'ai vu pour la première fois sous voiles que récemment, lors d'un shooting partenaires au printemps dernier où j'ai profité d'un Zodiac pour aller le voir de l'extérieur. Quelle claque... Un seigneur... Si charismatique.(...) L'incarnation même de la force tranquille. Il filait à 10 nœuds et le je regardais passer, envoutée."
A propos du lâchage de Clarisse Crémer par son sponsor Banque Populaire
"Trente-huit ans. Il m'aura fallu 38 ans pour comprendre, et commencer à mesurer l'ampleur du problème. Tellement obsédée par le problème d'être la "fille de...." que je ne voyais même pas le problème d'être une femme dans la voile. Je pensais que si une femme voulait naviguer, elle navigait. Nous avons tellement de caractère, tellement de volonté, que si nous voulons quelque chose, nous l'obtenons. Au pire nous déplacerons deux, trois montagnes, mais nous l'aurons. (...) A 38 ans, je suis capitaine d'un maxi de 22 mètres, et d'un équipage de vingt-cinq personnes (...) Entendu dans les salons parisiens : "Vous êtes capitaine, ah c'est bien.... mais qui est réellement en charge à bord ?" En général, un lance-flamme sort alors de mes yeux. (...) Pour les médias, nous devons sourire, être belles, lumineuses, ouvertes, rayonnantes, de vraies bulles de champagnes. Francis Joyon ou Yves Le Blevec, eux, ont le droit d'avoir de "vraies gueules de marins burinées par le vent". Pourtant, nous sommes tous marins, avec donc un ADN commun et souvent un foutu caractère. (...) Pourtant, que c'est beau la voile... car c'est un art, en plus d'être un sport, et il y a tant de façons de le vivre et de le raconter."
Bon, il y a 300 pages comme ça, je vous laisse les découvrir....